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Photo : Rafael David Kohn


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© Philippe Matsas/CNL

Rafael David Kohn

Rafael Kohn
Esch-sur-Alzette

Rafael Kohn fréquente l’école primaire à Schifflange, le Lycée de garçons à Esch-sur-Alzette jusqu’en 1998, puis l’Athénée royal de Neufchâteau (B) avant de passer son baccalauréat à l’Institut Sainte-Marie d’Arlon (B). Il fait d’abord des études d’histoire et de sciences politiques à l’université de Trèves, avant de travailler par le biais d’une mesure d’aide à l’emploi au Théâtre du Centaure dans le domaine du son et de l’éclairage. Ensuite, il fait des études à l’Université des arts à Berlin (2006-2010) et décroche un diplôme en écriture dramatique pour le théâtre, la pièce radiophonique et le scénario. Depuis 2010, il travaille en tant qu’écrivain indépendant et metteur en scène au Luxembourg, à Sibiu, Lomé (Togo) et Constance. Rafael Kohn a été plusieurs fois assistant à la mise en scène pour Wolfram Mehring à Constance et pour Charles Muller au Théâtre d’Esch-sur-Alzette. En 2018, il met en scène la première pièce de Mandy Thiery, Escher Meedchen.

Rafael Kohn fait ses débuts littéraires avec de la poésie en français, présentée dans le cadre d’une série de soirées littéraires, « Alchémistes du verbe », organisée entre 1998 et 1999 au café L’Alchémiste à Esch-sur-Alzette, alors qu’il est encore élève. Y participe également, entre autres, Massimo Sartini. Suivent des soirées de poetry slam à la Kulturfabrik à Esch-sur-Alzette. En 2010, Rafael Kohn publie le récit Orchestergrab dans l’anthologie des Walfer Bicherdeeg. En 2017 paraît le récit Che Guevara war ein Mörder sur le quotidien d’un chômeur précarisé dont les craintes, frustrations ainsi que les délires et les obsessions de violence émergent d’un rapport brisé à l’État-providence et à la société de consommation.

Rafael Kohn écrit des scénarios et des pièces de théâtre. Lors de la Foire du théâtre à Mersch en 2008, il présente la pièce Kadaver, produite ensuite comme pièce radiophonique sur Radio 100,7. En 2009, la radio Berlin-Brandenburg diffuse la pièce radiophonique Fünf Tage mit der Black Sheep Army – Wir sind unter Euch, laquelle porte sur des éléments perturbateurs à Berlin, et, en 2012, la pièce radiophonique Lilith, une réécriture du mythe biblique de la Création issu du Livre de la Genèse. Bushmeat, une pièce de théâtre dramatique sur un couple de bouchers en Tanzanie, est montée au Théâtre de Gera en 2009. La même année, la pièce Lupenrein est présentée dans une mise en espace au Berliner Arbeitertheater (studio de l’École supérieure Ernst Busch) et au Théâtre Maxim Gorki (Berlin). Lupenrein donne lieu à des représentations au Theater 89 à Berlin en 2011 et au Théâtre national du Luxembourg en 2012. La pièce a été traduite sous le titre Pur à la loupe par Ian De Toffoli. Le collage Le Rôle qui je suis sur les personnages féminins de Médée, Gretchen, Lady Macbeth, Nora, Cate (de Sarah Kane) et Mère Courage est mis en scène par Jérôme Konen au Kulturhaus Niederanven et à la Kulturfabrik à Esch-sur-Alzette en 2011. C’est la même année que Rafael Kohn met en scène lui-même, comme il l’avait déjà fait pour sa pièce Lupenrein, sa propre pièce Flaschenbrand à la Kulturfabrik à Esch-sur-Alzette et aux Sophiensaelen à Berlin. En 2011, il signe également la mise en scène de sa pièce Waffensalon au Théâtre de la Ville d’Esch-sur-Alzette. Outre la pièce Das Leben hält bis zuletzt Überraschungen bereit de Guy Helminger, Waffensalon est, sur recommandation de Charles Muller, Frank Feitler et Olivier Ortolani, intégrée à la liste des meilleures pièces de théâtre de 2012 éditée par la European Theatre Convention. En 2016, la pièce One Coup for Kaiser, rédigée par Rafael Kohn en collaboration avec un groupe d’auteurs togolais, est montée par la compagnie de théâtre Louxor de Lomé et le Théâtre de Constance à Lomé. Rafael Kohn y travaille avec le metteur en scène Alfa Ramsès, avec lequel il collabore par ailleurs à plusieurs reprises. La pièce met en relation l’histoire des chemins de fer, le travail forcé et la rébellion au cœur d’un système colonialiste. Rafael Kohn écrit en 2018 le drame politique De roude Fuedem, à la suite d’une commande du syndicat OGBL. Ce texte se situe dans la tradition brechtienne de la Lehrstück, ou pièce didactique. Il appelle au conflit social en raison des conditions de travail difficiles dans le secteur des soins, de la nécessité de survivre sans emploi et de la précarité. La pièce, qui emprunte à la nouvelle Che Guevara war ein Mörder certains thèmes et motifs, reflète l’aliénation du système économique néolibéral et dénonce la primauté de l’argent sur l’homme.

Rafael David Kohn est l’auteur en résidence du TNL pour la saison 2018-2019. Dans ce cadre, la pièce Demandez au président, déjà représentée en 2017 lors d’une lecture scénique au Théâtre de Constance, est reprise. Dans le contexte politique contemporain d’une troisième candidature constitutionnellement non résolue du président burundais et de la confiscation de documents de reporters étrangers, la pièce – en anglais et en allemand – prend la forme d’une conversation entre le président fictionnalisé et une journaliste allemande. Elle développe une réflexion sur le pouvoir de la presse et du reportage, sur la vérité ainsi que sur le pouvoir politique et le discours sur les droits de l’homme et la colonisation. Dans la farce qui s’avère tragédie Die Nacht vor Crécy, créée au Théâtre national du Luxembourg en juin 2019 dans le cadre de la résidence, Rafael Kohn développe le conflit entre Jean l’Aveugle et Charles IV, respectivement père et fils, dans un contexte de changement historique des paradigmes politiques et des mentalités. Le souverain Jean, présenté comme un noceur et un fonceur aux valeurs chevaleresques, y voit son attitude traditionaliste de cruel guerrier opposée à celle du rationaliste Charles IV, qui préfigure les Lumières en encourageant les arts, le commerce et l’artisanat, traitant ses sujets comme des êtres humains et comprenant la politique comme un terrain où règnent diplomatie, bon sens et stratégie. Dans ce premier drame historique, Rafael Kohn sonde les possibilités d’agir et la liberté de choix.

Rafael David Kohn écrit un théâtre politique et traite de sujets liés à la politique mondiale. Il voit le théâtre comme une plate-forme qui permet d’éclairer la toile de fond d’évènements politiques médiatisés et d’expliquer les liens et les interdépendances entre l’économie et la politique. Alors que Lupenrein prend pour sujet la guerre civile en Sierra Leone et la met en rapport avec les relations politiques internationales, Flaschenbrand et Waffensalon traitent des formes de résistance politique et civile dans les sociétés européennes de l’Ouest, à Berlin et à Luxembourg, en évoquant les mouvements Occupy et Indignez-vous et en relatant la vie quotidienne de personnes en situation sociale précaire. Toutes les pièces de Rafael Kohn illustrent les conséquences de la radicalisation politique de l’individu sur la communication et sur toute forme de cohésion sociale. Pour l’auteur, qui évoque les missions du théâtre dans son discours Rede vom Theater, le théâtre est un espace résolument politique de négociation entre le possible et le probable ainsi qu’un lieu permettant de mettre en évidence les constellations archétypales qui imprègnent l’être humain. Rafael Kohn s’oppose à la tradition du « Regietheater » et s’adresse en premier lieu aux acteurs et au public, avec une conception du théâtre qui vise à réévaluer les rapports victime-bourreau sans cesse évoqués dans son œuvre.

Cet article est signé Claude D. Conter

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Collaboration à des périodiques

  • Titre des périodiques
    Cahiers luxembourgeois (Les). revue libre des lettres, des sciences et des arts
    Noms utilisés
    Rafael David Kohn

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Citation:
Claude D. Conter, « Rafael David Kohn », sous : , mise à jour du 19.05.2021, consulté le .