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Photo : Pol Michels


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© Collection CNL

Pol Michels

Michel Paul Michels
Hollerich (alors commune de Hollerich) Luxembourg

Pseudonymes : Dada-duc ; H P2 M ; Junius ; Jean Lippert ; Jean-Pierre Lippert ; Roger Lix ; ls. ; Maripol ; Neck ; P.D. ; Pitt ; Emile Plosch ; P.M. ; P. M-s. ; Pol ; P.V. ; Pier Vanaichen ; Pier Vanäicken ; Pierre Vanäicken ; Emma Wuz

Pol Michels fréquente l’Athénée entre 1909 et 1916. Après ses études secondaires, il étudie la littérature et le droit aux universités de Berlin, Munich, Nancy et Paris de 1916 à 1921. Il entame ensuite une carrière juridique, d’abord comme avocat puis, à partir de janvier 1928, comme juge suppléant. De 1929 à 1934, il exerce comme juge de paix à Esch-sur-Alzette, puis à Luxembourg, où il devient juge au tribunal d’arrondissement en 1935. Après l’invasion allemande de 1940, Pol Michels continue de travailler comme juge, d’abord au tribunal de paix, puis au tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Auparavant connu comme opposant aux nazis, il rejoint le Volksdeutsche Bewegung (VdB) le 20 septembre 1940, et exerce la fonction d’administrateur de l’association allemande des professionnels du droit (Rechtswahrerbund) au Luxembourg. Il est également membre de la Gesellschaft der deutschen Literatur au Luxembourg (Gedelit) à partir d’octobre 1940. En 1942, il rejoint le NSDAP et devient conseiller communal de la ville de Luxembourg ainsi que conseiller logistique militaire et délégué du Kreisleiter, le responsable politique d’arrondissement. Après la libération du Luxembourg, il est arrêté et destitué de sa fonction de juge en septembre 1944. Il est jugé pour germanophilie et collaboration. Le 27 février 1946, il est condamné à six ans de prison, au paiement de 250 000 francs ainsi qu’à la privation de ses droits à la pension et de la nationalité luxembourgeoise. Le 18 mars 1949, sa peine de prison est réduite à trois ans.

À partir de 1917, Pol Michels fait partie d’un groupe de jeunes intellectuels luxembourgeois qui se réunissent sous le nom de Cénacle des extrêmes. C’est là qu’il s’affirme comme adepte du futurisme et de l’expressionnisme, ce qui se traduit par de nombreux articles dans le magazine étudiant de gauche La Voix des Jeunes et dans les annuaires de l’AGEL/Assoss, ainsi que dans des journaux sociaux-démocrates et syndicaux tels que Die Schmiede, Escher Tageblatt, Die soziale Republik, Der Proletarier et Die Volkstribüne.

Pendant ses études, entre 1916 et 1921, Pol Michels intervient dans le débat expressionniste en tant que collaborateur enthousiaste de plusieurs revues littéraires internationales d’avant-garde. Dans ses contributions, il affiche un pacifisme et un internationalisme radicaux, ancrés dans des convictions européennes. Dans des magazines allemands tels que Die Aktion, Die Erde, Der Gegner, Der Strom ou Menschen, il publie des poèmes, des pamphlets, des critiques ainsi que des articles politiques et politico-culturels dans lesquels il appelle de ses vœux la préparation d’une révolution internationale. De cette époque datent ses liens d’amitié avec Franz Pfemfert, Yvan Goll, Karl Otten, Alfred Vagts, Walter Rilla, Wieland Herzfelde ou Julian Gumperz entre autres. Son rôle d’intellectuel bourgeois dans l’opposition aux conseils ouvriers et aux socialistes pacifistes a été mis en lumière de façon critique en Allemagne dans les années 1970 et 1980, tandis que ses prises de position dans la discussion sur la relation des intellectuels avec le prolétariat sont considérées comme importantes.

Vers 1920, à Paris, Pol Michels entre en contact avec les dadaïstes et, plus tard, avec les surréalistes. Traducteur de textes expressionnistes allemands, il apparaît aux côtés de Clara Malraux dans la revue parisienne Action, fondée par Florent Fels ; il est également correspondant pour des magazines littéraires allemands. En outre, il publie dans le magazine pacifiste Les Humbles une série de textes essentiellement politiques, mais aussi littéraires et esthétiques. Dans le même temps, il intervient dans le débat politique et social au Luxembourg en publiant de nombreux articles dans les organes du parti communiste luxembourgeois nouvellement fondé, tels que Der Kampf et Der Junge Kommunist.

Pol Michels est alors un acteur essentiel du transfert culturel entre l’Allemagne et la France, grâce à son rôle d’intermédiaire entre les villes européennes de Berlin, Munich, Paris et Luxembourg. Avec ses textes théoriques, politiques et littéraires, il participe activement au processus dynamique d’échange entre les avant-gardes de différentes nations européennes. À l’instar d’Yvan Goll, une parfaite maîtrise des langues allemande et française constitue le socle de son travail de traducteur et de médiateur entre les avant-gardes allemande et française. Actif par-delà les frontières, son ouverture à une citoyenneté européenne, voire mondiale, est marquée par l’idéal d’une Europe fraternelle. De ces convictions découle son engagement en faveur du pacifisme et de la réconciliation franco-allemande.

Après son retour au Luxembourg, Pol Michels suit un parcours résolument ancré à gauche et publie des récits et des poèmes dans Les Cahiers luxembourgeois, ainsi que dans des publications indépendantes. Le recueil de nouvelles Geschichten, paru en 1928, qui contient également quelques poèmes, s’ouvre sur la chanson de Poutty Stein De Lëtzeburger Stodent. En effet, beaucoup des nouvelles qu’il contient, étranges, ironiques et grotesques, évoquent des étudiants luxembourgeois privilégiés dans des villes universitaires étrangères, en particulier Munich, pendant la Première Guerre mondiale.

Le recueil de poésie Panorama, publié en 1933, use du style d’auteurs tels qu’Erich Kästner et Joachim Ringelnatz. Il contient surtout des poèmes mélancoliques sur des amours passées, des personnes solitaires, des paysages tristes et des villes comme Munich, Paris et Esch-sur-Alzette. En outre, Pol Michels y consacre un poème à l’assassinat de l’écrivain et activiste communiste allemand Gustav Landauer, impliqué dans la création de la république soviétique de Bavière pendant la révolution de 1918-1919, ainsi qu’à la Grande-Duchesse Marie-Adélaïde, morte en 1924.

Le recueil de nouvelles Neue Geschichten, introduit par Batty Weber et publié en 1938, contient dix nouvelles influencées par le mouvement Nouvelle Objectivité. Elles se déroulent principalement pendant et après la Première Guerre mondiale, dans différents endroits tels qu’Esch-sur-Alzette, Luxembourg, Paris ou Berlin. Les personnages représentés sont des Luxembourgeois typiques, fondamentalement différents des autres Européens selon Pol Michels. Il les dépeint au moyen d’un humour incisif.

En 1940, dans le recueil de nouvelles en luxembourgeois Lötzeburger Leidd & Sâchen, Pol Michels explore également avec moquerie la vie de jeunes intellectuels luxembourgeois qui gaspillent leur temps dans une vie de bohème, s’amusant beaucoup et travaillant peu. Le livre s’ouvre par trois poèmes en français, qu’il dédicace à ses amis libéraux de gauche décédés, l’avocat et député Tony Pemmers († 1933), l’industriel Jim Bofferding († 1936) et le juriste Jean Angel († 1936).

Pol Michels est l’un des rares auteurs luxembourgeois à publier des œuvres littéraires pendant l’occupation nazie. Dans le recueil Heimatgeschichten, publié en 1941 et qui s’ouvre par le poème Klage eines betrübten Dichters, il décrit dans cinq histoires, plus longues que ses précédentes, l’existence pessimiste de ses protagonistes, marquée par la résignation, le cynisme et l’absurdité. Le livre ne contient aucune allusion à l’idéologie nazie, contrairement à la nouvelle Wie Hansbärend es schaffte, parue dans le Nationalblatt. Pol Michels n’a pas autorisé la publication du roman policier Hotel Little Palace, pourtant achevé, pendant l’occupation nazie. Le roman inédit se trouve toujours dans sa succession.

Après sa sortie de prison, Pol Michels se consacre à une description anecdotique des conditions de vie de la petite bourgeoisie luxembourgeoise. Il travaille également pour le journal satirique De Peck-villchen. Dans le livre Schwepps, Schliri, Kasch und Konsorten, dédié à son camarade Poutty Stein, mort en 1955, il raconte des épisodes amusants de la vie de Luxembourgeois connus et inconnus, notamment des auteurs August Donnen, Batty Weber, Peter Faber et Nik Welter. Dans ses recueils de nouvelles et de poèmes, Pol Michels a brossé dans l’ensemble un tableau original et personnel du Luxembourg et de ses habitants.

Cet article est signé Gast Mannes et Josiane Weber

Publications

Collaboration à des périodiques

  • Titre des périodiques
    Action. Cahiers de philosophie et d'art
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Aktion (Die). Wochenschrift für Politik, Literatur und Kunst
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Annuaire de l'Association générale des étudiants luxembourgeois
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Cahiers luxembourgeois (Les). revue libre des lettres, des sciences et des arts
    Noms utilisés
    Pol Michels
    H P2 M
    Neck
    Roger Lix
    Jean-Pierre Lippert
  • Titre des périodiques
    Erde (Die). illustrierte Monatsschrift für Länder- und Völkerkunde, Weltverkehr und Kulturpolitik
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Gegner (Der)
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Humbles (Les). revue littéraire des primaires
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    junge Kommunist (Der)
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Junge Welt. Literatur-Kunst-Sport-Schönheit
    Noms utilisés
    Pol Michels
    Maripol
  • Titre des périodiques
    Kampf (Der). Wochenschrift der Kommunisten Luxemburgs
    Noms utilisés
    P.V.
    Junius
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Luxemburger Volksbildungskalender
    Noms utilisés
    P.D.
  • Titre des périodiques
    Menschen. Zeitschrift neuer Kunst = Clarté
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Neue Luxemburger Kalender (Der). Eine Publikation von Tony Jungblut
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Peck-villchen (De). sengt a peckt all Woch fir 2 Frang
    Noms utilisés
    P.V.
    Jean Lippert
  • Titre des périodiques
    Proletarier (Der). Offizielles Organ der freien Gewerkschaften Luxemburgs
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Schmiede (Die)
    Noms utilisés
    Pier Vanäicken
  • Titre des périodiques
    Soziale Republik = République Sociale. Organ der Sozialistischen Partei Luxemburgs
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Strom (Der)
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Tageblatt / Escher Tageblatt = Journal d'Esch. Zeitung fir Lëtzebuerg
    Noms utilisés
    Pol
    P. M-s.
    ls.
    Pitt
    Pol Michels
    Neck
  • Titre des périodiques
    Tribüne (Die). Wochenzeitschrift für politisches und geistiges Leben
    Noms utilisés
    P.M.
    Pol Michels
    Emile Plosch
  • Titre des périodiques
    Voix des Jeunes (La) (Voix (La))
    Noms utilisés
    P.D.
    Pol Michels
    Pier Vanäicken
    Pierre Vanäicken
    P. M-s.
    P.V.
    Pier Vanaichen
  • Titre des périodiques
    Volkstribüne (Die). Demokratisch-fortschrittliches Organ, vormals Luxemburger Bürger-Zeitung
    Noms utilisés
    Pol Michels
  • Titre des périodiques
    Ziegelbrenner (Der)
    Noms utilisés
    P.M.

Études critiques

Membre

  • ASSOSS/AGEL - Association générale des étudiants luxembourgeois (1912)
  • Gedelit

Archives

  • ANLux EPU-01-13302, Michels Paul, 1941-1944 & CT-03-01-01552, Michels Paul, 1940-1954
Citation:
Gast Mannes/Josiane Weber, « Pol Michels », sous : , mise à jour du 10.05.2021, consulté le .